Société

Kongo central : entre pression foncière et pollution, le Parc marin des mangroves au défi de sa préservation.

La pression humaine gagne du terrain sur le Parc marin des mangroves de Muanda. Occupations illégales, spoliation foncière, pollution, nuisances sonores et lumineuses mettent progressivement en danger cette aire protégée, essentielle à la biodiversité, à la pêche et à l’équilibre des communautés riveraines. Face à cette situation, la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, s’est rendue sur place mardi 1er septembre à la tête d’une importante délégation mixte ministérielle.

Cette descente gouvernementale intervient alors que plusieurs missions d’enquête menées par les ministères de l’Environnement et du Tourisme ont relevé différentes formes de pression sur le parc. L’objectif est désormais de mesurer l’ampleur des dégradations et d’identifier les mesures susceptibles de préserver durablement cet écosystème côtier.

Publicité

Le Parc marin des mangroves fait face à une combinaison de menaces. La progression des occupations humaines dans des espaces classés et protégés constitue l’une des principales préoccupations.

Les rapports issus des missions effectuées sur le terrain font notamment état de faits de spoliation et d’occupations illégales. Pour les autorités, cette situation ne représente pas uniquement une question foncière. Elle touche directement à la capacité du parc à conserver ses écosystèmes et à assurer les fonctions naturelles dont dépendent les populations riveraines.

Chaque espace de mangrove détruit ou transformé réduit en effet les capacités de régénération de cet environnement fragile. À terme, la multiplication de ces occupations pourrait compromettre l’intégrité même de l’aire protégée.

L’enjeu dépasse la conservation des paysages. Les mangroves constituent des espaces de refuge, de reproduction et de développement pour plusieurs espèces aquatiques.

Leur dégradation peut donc avoir des conséquences directes sur les ressources halieutiques. La disparition progressive de certains habitats pourrait entraîner une diminution des espèces de poissons présentes dans ces zones, avec des répercussions sur les captures des pêcheurs et l’alimentation des populations.

La protection du parc apparaît ainsi également comme une question économique et sociale. Une baisse des ressources halieutiques pourrait fragiliser les revenus des pêcheurs, réduire l’offre en produits de la mer et affecter les familles qui dépendent directement ou indirectement de cette activité.

Les plages de Muanda constituent également des espaces importants pour la ponte des tortues marines, des espèces déjà menacées.

Or, la présence humaine et les nuisances lumineuses et sonores peuvent perturber leur comportement et leur reproduction. L’augmentation de la lumière artificielle, du bruit et des activités sur les plages sensibles risque ainsi de transformer progressivement des sites naturels de ponte en environnements moins favorables à la reproduction de ces espèces.

Pour les défenseurs de la biodiversité, la disparition d’une espèce ou la dégradation de son habitat ne constitue pas un phénomène isolé. Elle peut perturber l’équilibre général d’un écosystème.

À la pression foncière et aux activités humaines s’ajoute la pollution.

Dans un environnement marin et côtier, ses effets peuvent dépasser largement le point où elle est produite. L’eau, les sédiments et les espèces participent aux mécanismes de circulation des polluants, avec des risques potentiels pour différents éléments de la chaîne alimentaire.

La réponse nécessite donc, selon les enjeux soulevés sur le terrain, de déterminer les sources de pollution, d’établir les responsabilités, de renforcer les contrôles et de restaurer les espaces déjà affectés.

La protection effective d’une aire protégée suppose également une surveillance permanente et l’application des sanctions prévues par les textes lorsque des violations sont constatées.

La présence de la ministre de l’Environnement à Muanda traduit la volonté des autorités de faire face à cette situation.

Marie Nyange Ndambo a notamment mis en garde contre les violations des normes environnementales et rappelé que les questions liées à la pollution sont prises en compte dans le Code forestier actuellement en cours de révision. Cette révision doit notamment contribuer au renforcement des dispositifs juridiques et opérationnels permettant de sanctionner les violations.

Pour le Gouvernement, l’enjeu consiste désormais à réduire l’écart entre la protection juridique accordée au parc et la réalité observée sur le terrain.

Le classement d’un espace comme aire protégée ne suffit pas si les limites ne sont pas respectées, si les occupations illégales persistent ou si les activités incompatibles avec la conservation continuent de s’y développer.

La lutte contre la spoliation passe notamment par une identification précise des limites du parc, la sécurisation de son domaine et, lorsque la loi le prévoit, la poursuite des personnes impliquées dans les occupations illégales.

La lutte contre la pollution nécessite, de son côté, des contrôles réguliers, l’identification des responsables et l’application effective du principe de responsabilité.

Les zones de ponte des tortues marines doivent également faire l’objet d’une protection renforcée afin de limiter les activités susceptibles de perturber leur reproduction.

Mais la conservation ne pourra être durable sans l’implication des communautés locales. Riveraines du parc, elles subissent directement les effets de sa dégradation, mais peuvent également participer à sa protection si elles bénéficient d’alternatives économiques et de mécanismes leur permettant de prendre part aux efforts de conservation.

La préservation de l’environnement ne peut donc durablement s’imposer contre les populations. Elle doit être construite avec elles.

La menace qui pèse sur les mangroves de Muanda ne se résume pas à une destruction brutale. Elle peut se manifester progressivement : davantage d’espaces occupés, une pollution persistante, plus de nuisances sur les plages, une diminution des ressources halieutiques ou encore une baisse de la fréquentation des sites de ponte par les tortues.

C’est cette dégradation progressive qui fait craindre, à terme, un point de non-retour.

La mission conduite par Marie Nyange Ndambo constitue ainsi une étape importante, mais son efficacité dépendra des mesures qui seront prises après les constats effectués sur le terrain. Le déguerpissement des occupants illégaux lorsque les conditions légales sont réunies, les poursuites contre les spoliateurs, les sanctions contre les pollueurs, le renforcement de la surveillance et la restauration des espaces dégradés figurent parmi les réponses attendues.

L’enjeu dépasse finalement la seule conservation des mangroves. Il concerne les poissons et les pêcheurs, les tortues et leur reproduction, les familles qui dépendent des ressources naturelles, mais aussi la capacité de la RDC à préserver son patrimoine écologique.

À Muanda, l’urgence est donc de transformer les constats en décisions et les décisions en actions concrètes. Car dans le domaine de la biodiversité, certaines pertes peuvent devenir irréversibles.

Le Parc marin des mangroves constitue la seule aire marine protégée de la République démocratique du Congo. Il se trouve dans la province du Kongo-Central, à l’embouchure du fleuve Congo, entre Muanda et Banana.

Créé le 2 mai 1992, il couvre une superficie d’environ 76 000 hectares, soit 768 km², et a été reconnu en 1996 comme site Ramsar, c’est-à-dire une zone humide d’importance internationale.

Son administration relève de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).

La préservation de cet espace représente ainsi un enjeu environnemental, économique et social majeur. La pression actuelle met les autorités face à une responsabilité : garantir que le statut de protection du parc se traduise effectivement par sa conservation sur le terrain.

La rédaction

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page